RéCi - Bruxelles
Récits d'intégration scolaire
Le but de ce dossier est d’apporter un complément aux informations dont disposent les pouvoirs publics et tout autre organisme, les professionnels ou les parents concernés par l’intégration scolaire d’enfants et d’adolescents porteurs d’un handicap. RéCI-Bruxelles, en tant que Service d’Accompagnement, suit chaque année, depuis 6ans, un certain nombre d’enfants et d’adolescents handicapés moteurs intégrés en enseignement ordinaire. Impatient de voir la situation scolaire de ces enfants et adolescents s’améliorer, ce service souhaite, espère, par le partage de son expérience, apporter une contribution, si modeste soit-elle, à l’avancement de la politique en matière d’intégration scolaire, et de la réflexion éthique et méthodologique sur cette question.
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Sommaire
1. Introduction générale
2. Première partie : propos sur l'intégration scolaire
3. Deuxième partie : récits d'anciens dossiers
4. Troisième partie : récits de suivis actuels
5. Conclusion
Extrait du dossier
Conclusions
On a pu le constater à la lecture de ces dix récits : aucune intégration ne ressemble à une autre intégration. Et le travail d’accompagnement réalisé par RéCI est chaque fois différent. Variations, bien sûr, au fil du temps : il a fallu se chercher, expérimenter, réfléchir, se former pour arriver petit à petit à mettre au point le « processus d’intégration scolaire » que nous présentions en première partie. Variations aussi en fonction du temps dont nous disposons : l’augmentation de moyens nous a permis d’augmenter le temps mais l’augmentation du nombre de suivis se fait parfois aux dépens d’autres accompagnements. Variations, bien sûr, liées aux situations elles-mêmes. Non seulement elles diffèrent les unes des autres ; mais elles évoluent aussi avec le temps et nécessitent des adaptations dans le suivi. Si un seul élément devait ressortir de ce dossier, c’est cette notion de diversité. En effet, elle est capitale pour assurer une réelle efficacité aux dispositifs d’aide à l’intégration scolaire. Ceux-ci doivent pourvoir évoluer et s’adapter à chaque situation. Cette caractéristique fondamentale selon nous a des conséquences tant au niveau de la méthodologie de l’accompagnement qu’au niveau des systèmes d’intervention financière à mettre en place par les pouvoirs publics.
En conclusion, nous exposerons ici brièvement quelques réflexions sur certains aspects de l’accompagnement trouvant une illustration dans l’un ou l’autre récit présenté.
Motivations exprimées par les parents
Dans la majorité des situations présentées, les motivations des parents pour l’inscription de leur enfant en enseignement ordinaire semblent résulter de l’incertitude quant à l’évolution qu’aurait leur enfant. Cette incertitude est particulièrement réelle dans le cas de l’infirmité motrice cérébrale, surtout quand les difficultés motrices sont assez légères. L’acquisition de la marche, de la propreté ou du langage peut être simplement retardée, ou pourrait peut-être ne jamais survenir. Les problèmes cognitifs sont également impossibles à prévoir avec précision ; ils se révèlent (ou non) lorsque l’enfant se trouve confronté aux apprentissages. C’est plutôt l’incertitude, et bien sûr l’espoir - voire même parfois le déni du handicap - qui semblent souvent orienter le choix des parents, apparemment bien plus que des représentations négatives de l’enseignement spécialisé.
Plusieurs parents disent aussi avoir été encouragés dans leur choix par le médecin ou par le kinésithérapeute de l’enfant, qui estimaient l’enfant capable de suivre en enseignement ordinaire et qu’il y serait davantage stimulé.
Un autre argument a été évoqué par plusieurs parents : l’enseignement ordinaire donnerait, selon eux, une base de connaissances et des diplômes plus valables, bien nécessaires pour ces enfants dont les perspectives d’avenir, au niveau professionnel, sont assez sombres. Nous l’avons vu, au point de départ, ils sont rarement conscients des problèmes cognitifs que rencontrera sans doute leur enfant, et ils ne recherchent donc pas d’abord un lieu offrant des possibilités de thérapies et d’encadrement spécialisé.
Enfin, des contingences pratiques ont parfois retardé l’orientation vers l’enseignement spécialisé : les distances à parcourir ou l’absence de place disponible en cours d’année scolaire.
Besoins exprimés par les parents
Notons bien que les situations que nous présentons ne sont pas représentatives de l’ensemble des besoins que l’on peut rencontrer dans le cadre d’une intégration scolaire.
Nous relevons toutefois que, dans les situations anciennes que nous présentons, la plupart des parents mettent surtout en avant la difficulté rencontrée au niveau de la gestion du travail scolaire à domicile. Devoirs et leçons prennent énormément de temps et d’énergie, au détriment de la disponibilité vis-à-vis des frères et sœurs. L’intervention d’une tierce personne pour l’aide aux devoirs a été mise en place dans trois des cinq familles et a nettement amélioré la qualité de la vie au sein de la famille.
Une maman évoque aussi le besoin d’être aidée par rapport à la compréhension des difficultés d’origine neurologique de son enfant. Les comprendre elle-même, mais aussi pouvoir les expliquer à l’enseignant, à l’enfant, à l’entourage. Le neuropédiatre n’est pas toujours assez disponible pour donner des explications accessibles, et le kinésithérapeute, qui assume souvent ce rôle, n’a pas toujours la possibilité d’aller rencontrer l’enseignant.
Un autre besoin exprimé à plusieurs reprises par les parents : un médiateur entre les parents et l’école. Et ce pour des raisons diverses. En cas de désaccord, un médiateur permet d’éviter certaines confrontations rendues d’autant plus difficiles que le climat émotionnel est souvent très sensible. Les parents se sentent aussi soulagés de ne pas être toujours ceux qui doivent demander, plaider la cause de leur enfant pour obtenir des « aménagements » que l’enseignant ou que les autres parents pourraient considérer comme des « faveurs » .
Même si peu de récits l’évoquent, une problématique très concrète est régulièrement rencontrée dans le cadre de l’intégration scolaire et pose très souvent problème : la gestion du nursing (mise aux toilettes ou le changement de langes pour les enfants et adolescents qui ne sont pas autonomes de ce point de vue) . La plupart du temps, l’école demande aux parents qu’ils apportent une solution externe. Ce sont parfois des membres de la famille (parents, grands-parents) qui viennent à l’école pour aider l’enfant lors des récréations ; ou le kiné privé, lorsqu’on a la chance d’avoir un kiné privé qui peut venir faire les rééducations tous les jours dans un local de l’école; plusieurs enfants bénéficient aussi du passage, à heures fixes, d’un service de soins à domicile (aux frais des parents). Une solution est parfois trouvée au sein de l’école, grâce à l’intervention d’une femme de ménage (certaines acceptent volontiers) ou de l’infirmière (mais il est très rare qu’il y en ait une au sein de l’école). Parfois, enfin, faute d’autre solution, c’est l’institutrice qui se charge d’accompagner l’enfant aux toilettes ou de le changer. Mais, pour des raisons évidentes, cette solution est bancale et tient rarement à long terme.
Enfin, qu’en est-il du besoin des parents d’être soutenus, d’être eux-mêmes accompagnés dans le cadre de la scolarisation de leur enfant, ou, plus largement, dans le cadre de leur propre vécu de parents d’enfant handicapé ? Certains parents expriment ce besoin et nous avons tendance à considérer que cet accompagnement est nécessaire pour le bon déroulement de l’intégration. Nous avons intégré cette dimension dans le processus d’intégration, laissant relativement peu de possibilité aux parents de refuser ces entretiens mensuels. Nous devons reconnaître que certains parents les esquivent (rendez-vous oubliés ou reportés sans cesse) ou les subissent sans y apporter un contenu reflétant une quelconque attente. Nous sommes en questionnement sur ce « besoin » et ou sur la réponse que nous y apportons.
Besoins exprimés par les élèves
Nous n’avons interviewé qu’un garçon de 10 ans et une jeune fille de 21 ans. Nous les avons interrogés sur leurs relations avec d’autres élèves et avec des pairs porteurs d’un handicap semblable au leur. Tous deux à leur manière expriment la difficulté d’être différents et de se faire une place parmi les autres. Ils reconnaissent qu’il est nécessaire d’informer leurs compagnons de classe sur leur handicap, afin surmonter les incompréhensions, voire les réactions de rejet. Dans la plupart des « récits », on relate une sensibilisation au handicap, ou un dialogue sur ce sujet avec la classe. Ces initiatives ont été prises avec l’accord de l’enfant, et si les modalités font parfois débat, nous n’avons pratiquement jamais rencontré d’opposition de la part de l’enfant lorsque nous lui avons proposé cette démarche. Quant à leurs relations avec des pairs porteurs d’un handicap, ils en parlent différemment. Pour Cécile, qui s’est fait des amis lors de son passage par l’enseignement spécialisé, et dans le cadre de rééducation en groupe, ces relations sont clairement indispensables et contribuent de manière importante à son équilibre affectif. Johan, quant à lui, connaît peu d’enfants dans sa situation, et en parle de manière assez protectrice mais lointaine. Sa maman nous expliquera, quant à elle, que son fils contacte régulièrement un adulte porteur d’un handicap semblable au sien, lorsqu’il a besoin qu’on lui remonte le moral.
Dans la majorité des suivis présentés, mais aussi dans la majorité de nos autres suivis, les enfants et adolescents ont peu de relations avec des pairs. Ils en croisent parfois lors de rééducations ou de thérapies, mais ils ont peu de relations suivies, et n’en formulent pas la demande (leurs parents non plus d’ailleurs). Nous estimons pourtant – et de nombreuses études vont dans ce sens- que ce type de relations aiderait la plupart des enfants et adolescents que nous suivons à sortir d’un certain isolement, et à construire leur identité. Nous travaillons actuellement à la création de groupes de paroles, pour les plus grands et d’un groupe de rencontres entre mamans accompagnées de leurs jeunes enfants (niveau crèche et maternelles) dans un espace de jeux. Mais la création de ces groupes nécessite une disponibilité importante de notre part, et nous sommes surchargés de travail. Par ailleurs, si les mamans et les jeunes enfants semblent partants, cela semble être moins le cas pour les enfants plus grands et pour les adolescents, ainsi que pour leurs parents. La vie de ces élèves en intégration est déjà très remplie par l’école, le travail scolaire à domicile et leurs diverses rééducations. Et bien sûr d’autres freins agissent, liés de manière plus ou moins claire à l’acceptation du handicap. La construction de ces projets est un des sujets sur lesquels nous travaillons actuellement, dans la mesure de nos moyens.
Perspectives
Depuis plusieurs années, sous la pression de parents, d’associations, de professionnels, la question de l’intégration scolaire d’enfants porteurs d’un handicap en Communauté française de Belgique resurgit régulièrement dans les différentes sphères de la société. Et le contexte de sensibilisation au handicap créé par l’année européenne de la personne handicapée et par l’opération « Cap 48 » a contribué à la prise en considération de cette problématique.
Mieux connue du grand public, la situation difficile des élèves handicapés intégrés en enseignement ordinaire suscite de l’intérêt, et l’on peut espérer que cela contribue à un changement de mentalité notamment chez les compagnons de classe d’élèves handicapés et chez leurs parents.
Concernés en première ligne, les enseignants et les directeurs d’écoles manquent encore d’informations plus précises et de soutien pour analyser sereinement et de manière approfondie les demandes d’inscription concernant des enfants ou des adolescents présentant un handicap. Leurs besoins importants, en termes d’aides et de formation doivent également être pris en considération.
Les parents de ces élèves intégrés sont aussi très concernés par ce problème,. Dans certains récits, plusieurs parents évoquent les frais importants auxquels ils doivent faire fasse pour améliorer autant que possible les conditions de scolarisation de leur enfant. Une analyse des coûts est indispensable pour permettre une mise au point adéquate des systèmes de compensation financière.
Le travail d’accompagnement doit également être mieux reconnu et soutenu, pour pouvoir répondre de plus près aux problèmes concrets rencontrés par les enfants, leurs parents et leurs enseignants. Il doit également progresser en qualité, à l’aide de formations, de supervisions, d’échanges entre professionnels et de recherches théoriques
Enfin, on ne peut parler de moyens nouveaux à mettre en œuvre sans évoquer l’attitude des partis politiques et des cabinets ministériels vis-à-vis de la problématique. Là aussi, des avancées peuvent être soulignées. Mais il reste encore énormément de progrès à faire pour que l’égalité des chances, tant prisée par les politiciens en matière d’enseignement et d’éducation devienne enfin une réalité.